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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 00:00

Dans le musée Juif de Prague, il y a un espace qui m'a impressionné et donné le vertige : la salle des déportés. Les parois sont remplies du sol au plafond de leurs noms et dates de naissance. Ecrits un à un, à la main, cet acte rappelle la lutte d'Opalka contre le temps, un travail ascéique sur la durée et (en l'occurence) une lutte aussi contre l'oubli.
L'ensemble baigné du blanc des murs, noir des écritures et du rouge des noms dégage un sentiment de dépouillement et de dignité. Le contraste entre l'abstraction du procédé (absence d'image) et l'énorme poids du concret frappe la conscience.
Bien sûr, plus loin on trouve photos, valises, dessins d'enfants... mais ce sont ces murs qui m'ont le plus bouleversé. Une communauté entière ramassée sur un plan et la nuée que ça forme, le rythme des écritures, du plein et du vide. Aucun pathos dans la forme et une litanie de mots qui forme une image. Un texte/image pour témoigner de l'innomable et de l'inmontrable (me reviennent en tête l'insupportable projection des documentaires sur les camps de concentration durant les cours d'histoire-géo au lycée).
La lecture devenant impossible devant tant de signes répétés, sinon par fragment, l'oeil est hypnotisé, survole, s'arrête sur un nom, déduit un âge en fonction des dates. On est dans l'incapacité de visualiser la réalité infiniment complexe que cela recouvre. Mais on devine. Et on se dit que ce n'est pas possible. Et pourtant c'est la réalité.

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Published by Thibault Balahy - dans carnets
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commentaires

alek 03/06/2009 00:01

je me rappelle, j'ai vu ça aussi, mon pote viktor me l'avait présenté; comme tu l'avais décrit, c'est un défi au temps et à la mémoire. j'en ai été abasourdi en meme temps sacré malaise...
As tu vu "Einsatzgruppen, les commandos de la mort"? ça raconte la shoah par balles, tu devrais. Un jour en lettonie il y avait la meme chose, un monolithe comme dans 2OO1, planté au milieu d'une foret de nulle part mais au passé tragique, sans rien, sans un mot... pour le devoir de memoire.

Thibault Balahy 03/06/2009 00:21


Un monolithe comme dans 2001? ça doit faire un drôle d'effet. Le rien peut parfois être plus éloquent qu'un bas-relief ou une stèle surchargée en effet.


franssoit 25/05/2009 16:01

Le travail ascéique de serait-il pas ascétique :-) ?

Thibault Balahy 25/05/2009 18:33


Excusez-moi, je n'ai pas bien compris (le travail ascétique ne serait-il pas ascétique? c'est ça?).