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Mercredi 25 juillet 2012 3 25 /07 /Juil /2012 13:51

La matière du trait

 

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Il est une chose subtile et en même temps très concrète qui fait la qualité d'un dessin c'est la matérialité de son trait. Que ce soit par un outil spécifique (une plume, un pinceau, un feutre rotring) et par un geste (sec, fluide, ample ou petit). La manière dont la trace est déposée sur le papier est en même temps la signature d'un auteur, d'un style, d'une façon de faire et de voir : épaisseur, finesse, fluidité ou brutalité.

L'idée d'un dessin n'est pas encore le dessin lui-même (dans son incarnation). Il y a un exemple bien précis qui peut le faire comprendre. Chez certains aspirants au dessin de bande dessinée, il y a un passage délicat et parfois ingrat à ce qu'on appelle l'encrage. Le souci pour quelques uns c'est d'avoir de beaux crayonnés (vifs, spontanés, enlevés) mais qui perdent toute leur saveur au moment d'être encré. La difficulté et de ne pas figer un dessin, son trait, l'esprit initial. Il m'arrive encore de faire des esquisses de planche avec un résultat plus réussi dans le brouillon que dans sa mise au propre. C'est pourquoi j'essaie d'être le plus direct possible, parfois même en encrant directement pour ne pas qu'il y ai de perte.

Ensuite, dans la physionomie du trait (qui est quelque part comme l'enregistrement d'un sismographe), il y a des aspérités, accidents, pleins et déliés qui donne chair au dessin. L'amateur de dessin dans son appétit de lecture se nourrit de cette matière graphique et reconnait un auteur à ses petits. Il la trouve à la longue même dans tout ce qui l'entoure : logo, mise en page, photographie, cinéma, cavités dans le sol, textures d'un mur, rythmes d'une architecture, typographies. Tout est graphique, tout est écriture. L'apprenti dessinateur doit petit à petit se forger un goût, un sens du graphique pour voir dans le l'ensemble et le détail ce qui peut créer une matière graphique intéressante. Cela se fait par le point, la ligne, la surface, l'interaction des trois. C'est une histoire de densité puis de vide, de rythme. On entre ici dans la musique du dessin et comme le musicien il faut avoir l'oreille musicale, sinon l'oeil graphique.

De là un autre défi pour le dessinateur de bande dessinée c'est d'arriver à faire coexister, à harmoniser son dessin à son écriture (oui, la bd c'est du rapport texte - image). Et il est malheureux de voir de beaux dessins gachés par un mauvais choix de typographie par exemple.

IL FAUT NOURRIR L'OEIL ET L'ESPRIT DU SPECTATEUR.

Pour finir un petit exercice d'observation. Reconnaissez vous les auteurs des extraits ci-dessus?

Par Thibault Balahy - Publié dans : dessin
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Commentaires

Allez...
Mattoti
De Crécy
Benoit Jacques
Munoz
Crumb
Blutch ?
Commentaire n°1 posté par singeon le 26/07/2012 à 12h09

Tiercé gagnant Singeon, bravo. J'aurai pu faire des cadrages plus serrés, là c'est pas très dur, surtout pour un oeil avisé d'auteur comme le tien. En tous cas merci d'avoir pris le temps de lire ma prose. Ce serait marrant d'avoir d'ailleurs d'autres avis sur le dessin. Mes monologues gagneraient à être discutés, contredits, enrichis.

Réponse de Thibault Balahy le 26/07/2012 à 12h23
Oui, il faudrait zoomer plus, et ne pas prendre les sujets les plus faciles (les villes-de crécy, par exemple) mais un truc qu'ils dessinent moins, histoire de rentrer dans cette matière du trait lui-même. Je pense à un passage de l'Art Invisible où Scott Mc Cloud zoome dans les dessins de trois dessinateurs différents pour arriver au point où tous les dessins se ressemblent. La matière originelle.
Sinon, ce que tu dis pour les apprentis dessinateurs me semble valoir pour les dessinateurs de tous âges. Et l'oeil graphique, comme l'oreille musicale, manque parfois à certains, ce qui ne les empêche pas de développer des singularités hors normes passionnantes.
Commentaire n°2 posté par singeon le 26/07/2012 à 12h33

Tiens ça me donne envie de relire l'art invisible, j'avais oublié ce passage. Oui, plus on plonge au coeur du trait plus on doit atteindre une indifférenciation, comme après tout en musique où malgré les différences la matière est la même : les notes de la gamme.

Ce que tu dis sur le manque d'oeil graphique est très intéressant. Dans le cadre de l'enseignement on essaie d'orienter, de donner des façons de faire (en exclure parfois d'autres) mais l'innocence ou la maladresse est capable de grandes choses aussi. Là aussi c'est une belle leçon, à un certain niveau il n'y a pas de leçon. Il faut se méfier du bon goût et du mauvais.

Réponse de Thibault Balahy le 26/07/2012 à 12h41
100% d'accord avec l'article...
Pour le quiz je dirais...
1- mattoti
2-Decrecy
3- benoit jacques
4-munoz
5-moebius
6-sfar ? Blain ?
Commentaire n°3 posté par David le 27/07/2012 à 16h14

Crumb et Blutch pour le 5 et 6...

Réponse de Thibault Balahy le 27/07/2012 à 17h05
 
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