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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 19:57

Problème de gestion du format

 

Ce cas demande un effort de prévisualisation du dessin, donc une certaine habitude liée à la pratique. Bien souvent, il y a une tendance à venir se coller trop près du bord inférieur de la page. Ou encore à commencer son dessin quelque part dans la feuille sans suffisamment  prévoir la place nécessaire à la suite de la figure (exemple : commencer un corps mais ne pas pouvoir placer les pieds qui sortent du format, ou bien contraint par le manque de place "ratatiner" son dessin pour qu'il rentre dans la surface). Il faut arriver peu à peu à "sentir" les limites du format et s'y adapter, en tirer parti pour que ce qu'on y met soit valorisé. C'est de la composition et de la mise en page. La capacité à composer n'est pas évidente. 

Il faut regarder longuement comment les dessinateurs, artistes mettent au point des stratégies d'occupation de l'espace pour s'en nourrir. La copie peut-être un moyen ainsi que la mémoire visuelle. 

Autre défaut (qui traduit souvent un manque de confiance) : dessiner trop petit par rapport au format, ne pas utiliser pleinement l'espace qu'il nous offre. Dessiner trop petit et ne pas pouvoir figurer tous les détails nécessaires par manque de place ou parce que l'outil est trop épais, inadapté. Ou bien l'inverse : commencer trop grand pour pouvoir finir la forme.

 

On entre alors dans une problématique du cadrage qui rapprocherait le dessin de la photo. Qu'est-ce qu'on montre (choix du sujet, le dessin commence par là)? Comment on le montre (par fragment, en entier, quel cadrage, symétrie assymétrie...)? Pour dire / montrer quoi (choix d'un point de vue : plongée, contre-plongée, frontal, de côté, de dessus...)? C'est en faisant beaucoup de ratés que petit à petit on affine, on corrige pour mieux maîtriser les effets qu'on veut obtenir. Le sens de la composition (ou comment faire interagir les pleins et les vides,les équilibrer, valoriser son sujet dans un espace donné) est une vraie qualité nécessaire au dessinateur (comme au photographe ou au caméraman) que son approche soit celle de l'économie ou de l'excès (tendance à vider ou à remplir, de l'esthétique zen au all-over).

Cela passe, il me semble, par le fait de considérer le format (vertical, à l'italienne, timbre poste ou grand format) comme un outil graphique (au même titre qu'un feutre, un pinceau, un crayon) qui nous permet de traduire une idée, une intention. Tous les paramètres donnent du sens. Rien n'est gratuit.

 

Il y a alors deux approches, soit classique (par la mise au carreau, le respect de règles de composition tel que le nombre d'or, la structuration par des axes médians, bref une sorte de grille) ou intuitive (comme Basquiat, Twombly, Dubuffet par exemple, qui génèrent des ensembles complexes qui semblent spontanés et aléatoires mais qui trahissent un vrai sens de la composition). C'est un peu comme en musique où certains ont besoin d'une règle (le solfège) et d'autres ont l'oreille ou le sens du rythme (parce qu'ils ressentent non pas intellectuellement mais par le corps). L'oeil aussi finit par ressentir ce qui cloche dans un ensemble, les déséquilibres, les faiblesses de rythmes, d'alternances entre contrastes et zones de repos. 

 

detail5-copie-1.jpg

 

Vous pouvez réagir, préciser, enrichir le propos. Je jette ici mes impressions qui sont fragmentaires. A suivre...

 

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Published by Thibault Balahy - dans dessin
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commentaires

Nadège 12/12/2010 21:53


Merci pour ces textes explicatifs.

Il est vrai que les étudiants débutants sont face à de nombreux obstacles. Les limites de la feuille, cet espace restreint les poussant à réfléchir en amont de leur dessin, à sa composition. Par
chance leurs erreurs sont pour eux le meilleur moyen de progresser, passée la frustration d'un dessin "loupé", ils ne veulent plus se retrouver dans la même situation embarrassante (je pense à ton
exemple de dessin de personnage auxquel il manque les pieds). Finalement, je crois que la plus belle chose que nous enseigne le dessin c'est une compréhension de nos agitations, il nous pousse à
prendre de la hauteur sur ce qui nous entoure et à l'Action consciente.

J'aime bien expliquer à mes élèves qu'en dessin les espaces négatifs comme les surfaces positives se valent en importance. Qu'avant de représenter une chose, abstraite ou non, nous sommes d'abord
face à un agencement de traits et de formes, dans un espace limité.

Bonne suite...


Thibault Balahy 12/12/2010 22:12



Ce sera exactement le sujet de mon prochain article (négatif, positif)... :^)


Oui, le dessin est très formateur, il forme la patience, l'acuité du regard, le plaisir qui ne vient pas sans difficultés. Hugo Pratt disait 8 secondes d'intuition
pour 8 heures de travail par jour.