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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 22:17

La question du style / le rapport entre le fond et la forme

 

 

Cette question est associée à celle de l'originalité. On a vu que vouloir faire du neuf est sans doute une illusion et qu'il suffisait d'être sincère et d'exprimer quelque chose de propre à sa vision pour en tous les cas produire quelque chose de différent, de singulier (on pourrait dire dépollué des clichés et des vérités d'emprunts). Il faut creuser longtemps pour parvenir au son de sa propre voix. Mais tout le monde peut y parvenir et chacun à un son de voix unique, au fond. Même les gens les plus atypiques et "novateurs" ont eu une période stéréotypée avant de trouveur leur voix.

Le style est-il un moyen pour cela? Le style est-il une fin?

 

Le style c'est quoi en fait? C’est proposer une esthétique. Cela renvoie à la relation entre le fond et la forme présente dans toutes productions (graphiques, plastiques, sonores, visuelles...). Tout le monde connaît ou a entendu cette formule du fond et de la forme. Qu'il y a-t-il derrière?

Il y a deux niveaux dans toute réalité : un niveau subtil et caché (on pourrait dire mental) et un niveau manifesté, visible (l'incarnation d'une pensée dans une forme). Dans la pensée Indienne on retrouve le terme de Nama et Rupa (le nom et la forme) qui pourrait s'en approcher : toute chose répond à un nom et à tout nom correspond à une chose. Le nom "vache" et la vache elle-même par exemple. Car notre pensée ne peut faire autrement que de nommer, identifier. Dans le cadre des oeuvres et de l'art il en va de même : il y a toujours un titre à une production (même le fameux sans-titre ou la numérotation sont une façon de nommer).

Ainsi l’énonciation mentale (ou visuelle) et ce à quoi elle renvoie sont deux choses distinctes. « Ceci n’est pas une pipe » comme dirait l’autre.

Et le langage est une superposition de ces deux réalités (conceptuelle et matérielle, invisible et visible). Le dessin aussi. Toute trace, trait, étant à la fois l’indice d’une intention (idée, pensée, énergie, désir) et une forme tangible : l’image (qui a une couleur, une dimension, une forme). Les images ne viennent pas de nulle part, toute forme a un fond, une origine subtile (mélange de pensées, de désirs, d’émotions, d’intentions) qui la fait naître et l’accompagne, comme un message sous-terrain. On dit le fond et la forme, on pourrait dire aussi le projet et sa réalisation. Mais aussi le signifiant et le signifié. Et dans le fond, on trouve l’origine, le sens, la naissance de toute œuvre. On pourrait dire que le fond précède la forme et l’accompagne. C’est pour cela qu’on analyse des œuvres, car leur sens n’est pas toujours donné d’emblée, il faut aller le chercher (jeu de la dénotation et de la connotation).

 

Prenons un exemple concret : dans Guernica de Picasso, la forme c’est le choix des niveaux de gris et du noir et blanc, les déformations de proportions, le parti-pris de fragmentation des corps, la grande dimension de l'oeuvre… le fond c’est un cri contre la violence aveugle de la guerre, c’est une prise de position personnelle et humaniste de l’artiste, une condamnation qui fait écho à d’autres œuvres similaires (« el tres de mayo » de Goya par exemple). C’est aussi l’affirmation de la supériorité de l’art sur la réalité (ce que le monde fait aveuglément je le vois, j’en témoigne comme l’ampoule dans le tableau qui éclaire les ténèbres) et la prise à partie de notre empathie et notre part d’humanité.

 

Si par contre on prend une publicité on y trouve de la forme (telle chose filmée, photographiée, tel slogan) et du fond (message implicite pour consommer, identifier, séduire par l’usage de telle association d’idées, tel amalgame, symbolique). Mais le fond dit aussi de manière sous-jacente : je ne m’exprime pas en tant qu’individu mais pour l’intérêt d’un groupe, je renonce à ma propre liberté et créativité. De plus, je m’adresse non pas à l’individu dans sa totalité mais à sa fonction de consommateur, je ne touche qu’à une partie de son intelligence par le biais de raccourcis, d’affirmations, de clichés, de répétitions, d’injonctions. Tout doit être identifié de façon simple. C’est une simplification de la pensée, donc du fond (qui n’est pas sans conséquence, car par la répétition cela crée un bruit de fond).

 

Prenons encore un autre exemple : Un artiste qui choisit de travailler avec le hasard. Tel autre qui ne veut pas communiquer de message, ou aller dans le sens de l’absurde. Le choix de la non-intention est une intention, la non-communication est une communication, le non-sens a un sens. On ne peut pas échapper au fond, et même dans le cas limite de l’abstraction, l’esprit continue à vouloir décrypter (comme l’enfant cherchant des silhouettes dans la forme des nuages). Il n’y a jamais de forme sans fond.

 

Ainsi, le dessinateur travaille sur deux plans et doit autant apprendre à manier le fond que la forme. C’est pour cela qu’il faut de la culture (connaissance des codes, du langage, des œuvres du présent et du passé) autant que des aptitudes graphiques, des qualités d’observation,etc.

 

Ceci étant dit, le style est surtout du côté du formel, même s’il est conditionné par le fond. Le style n'est pas une cause, c'est une conséquence. C’est un effet et un moyen pour un individu de s’exprimer, de donner forme à sa pensée. Ainsi le dessin, à travers le style et à partir du fond (histoire personnelle et culture de l’auteur), porte une vision du monde. Pour le dire autrement : dans un trait, un style on a aussi des souvenirs, un goût de telle chose et un dégoût de telle autre, de l’amour ou de la haine, de la gravité ou de la légèreté, bref, une vie et une forme de regard sur le monde. Tout cela est synthétisé dans un style donné qui donne un ton, un climat particulier (sombre, lumineux, triste, égayé…).

Quand on reconnaît quelqu’un a sa production on parle d’auteur (c’est sans doute pour ça que la publicité parfois fait travailler des artistes et des auteurs pour se donner un supplément d’âme).

 

Si le style se trouve d’abord dans le fond puis dans la forme, il ne faut pas pourtant opposer l’un et l’autre. L’un se nourrit de l’autre et inversement. Si le fond est privilégié à la forme on aura du mal à transmettre un message, une émotion (maladresses, hermétisme). Mais si le style se nourrit trop de forme, s’il n’est qu’une esthétique (ce qu’on retrouve dans la publicité et autres productions dans l’air du temps) il manquera de fond et de force. C’est pourquoi certains travaux vieillissent et d’autres résistent au temps.

Le style dans sa plénitude est un mélange harmonieux de culture, de regard et de savoir-faire technique. Et même si on fait le choix d’une apparente maladresse, celle-ci est en cohérence avec la vision qu’elle dessert. L’association des deux (fond et forme) devient une esthétique, une « manière », un style.

 

Donc, si le style est plus un effet qu’une cause, qu’il découle de la vision de son auteur, quels sont ses moyens ? C’est une façon de faire avec les codes visuels, les normes, la couleur ou l’absence de couleur, le réalisme ou le fantastique, la précision ou l’abstraction, l’utilisation de tels ou tels symboles, telles techniques, tels supports, le sérieux ou le comique. Tous les moyens sont bons. Tous les moyens sont là, et  le style apparaît par l’association particulière qu’opère le dessinateur à partir de cette banque de donnée. La créativité est donc là, dans cette façon spécifique de manipuler, croiser, hybrider ce qui est dèjà là, accessible à tous. Des choses paraissent inintéressantes, quelconques, pauvres, jusqu’à ce que quelqu’un révèle la beauté et le sens qui s’y cachait.

 

Il est aussi possible de prendre pour style l’absence de style ou sa multiplicité (plusieurs techniques et esthétiques assumées par un même auteur). Mais dans ce cas on reste dans le domaine de l’esthétique, celle de la laideur ou de la mutation. Le tout étant d’être cohérent avec sa propre vision, sa démarche. De toutes façons on évolue y compris au sein d’un même style.

 

Le problème c’est quand le style se fige, qu’on s’en tient à une esthétique immuable (ce à quoi le marché et la publicité poussent souvent par souci d’identification, par commodité). Comme si on occupait un créneau puisqu’il se vend bien. Devenant le fonctionnaire de son art. On observe ça dans tous les arts, par exemple en musique avec des groupes qui ont une grande énergie créative à leur débuts puis s’épuisent dans la reproduction du même.

Le style n’est pas un but en soi, il doit être une quête continuelle, un questionnement permanent.

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 22:24

Comment devenir original ?

 

C’est une question que tout aspirant se pose malgré lui. A l’instar d’une foule dans laquelle chaque individu cherche à exister en tant qu’élément unique, chacun cherche son soi. C’est vrai socialement (par le vêtement par exemple), c’est aussi vrai artistiquement, esthétiquement. Autant dire qu’on parle ici de créativité.

 

C’est tellement vrai qu’on observe souvent en atelier une tendance qui est celle-ci : Une personne expérimente une technique, un effet (bref une esthétique) tandis qu’une autre objectera qu’elle se refuse à reproduire le même principe, sous prétexte de vouloir trouver «sa» façon, de ne pas copier ou singer ce qui a été expérimenté par un tiers. J’ai entendu aussi : « Ah mais ça c’est du déjà-vu, du déjà-fait. »

A ce moment-là il vaut mieux tout arrêter car tout a été plus ou moins déjà fait. On voit bien comment l’idée de trop ressembler à, de ne pas être différent peut répugner certaines personnes. 

On cherche à être original (au sens de singulier, nouveau). Comme si ce qu'on est devait être déterminé par les autres, et non pas par rapport à soi.

Ce à quoi je répond toujours qu’on peut être un groupe entier à expérimenter la même technique, il en sortira autant de variations, de possibles traductions que de personnes. La main, le poignet, le corps, l’énergie, la tête, tout autant de paramètres qui font varier les résultats. Il ne faut pas avoir peur de se frotter au déjà-vu, y compris pour devenir original, pour avoir la possibilité de le dépasser.

 

C’est qu’au début on est tenté de chercher de l’originalité de façon formelle, extérieure, en tentant de « s’inventer » une écriture. Je pense fortement qu’on n’invente rien, par contre on agence et on manipule de façon différente des choses qui sont déjà là, à la portée de tous. Dessiner, créer, ça ne se fait pas ex nihilo, à partir de rien. C’est partir de ce qui est sous notre nez, que tout le monde connaît mais en l’envisageant sous un angle différent. Deux exemples : Shigeru Ban, architecte Japonais qui renouvelle complètement son domaine en détournant un matériau qui à-priori est étranger à la construction : le carton. Giacometti, à qui André Breton reproche son intérêt pour le dessin d’observation estimant le suréalisme supérieur au travail sur la réalité (« Une tête, tout le monde sait ce que c’est qu’une tête »), qui lui répond que non, justement, on ne sait pas ce que c’est qu’une tête.

Mais cette recherche d’originalité à tout crin a aussi son utilité, ce n’est qu’un premier pas qui mène à d’autres.

 

On parvient donc par étapes, à se trouver sous un aspect singulier, d’abord par des moyens plus ou moins extérieurs (certains pensent par exemple que cela passe par des vêtements particuliers, c’est souvent le cas chez les étudiants en arts, ou encore avoir tel ou tel matériel) puis par des moyens plus subtils et intérieurs (en se forgeant une culture, un regard, une « famille » artistique avec des modèles à suivre). Là encore, il s’agit de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Les gens les plus originaux peuvent aussi parfois passer inaperçu dans une foule. Il ne faut pas se fier qu’aux apparences. Et certains ont besoin d’excentricité y compris dans leur façon d’être. Il n’y a pas de règle. Il n’y a qu’une volonté initiale de liberté.

 

Cette volonté d’originalité est si forte (de même que les adolescents traversent leur recherche d’identité comme une période de crise) qu’elle pousse certains au raisonnement suivant : Je serais génial ou rien. Et il arrive que ce soit rien. Cette approche extrêmiste (non exempte d’orgueil) pousse ceux-là même parfois à arrêter. C’est que le dessin, comme tout autre art, demande de l’humilité et de la constance, de la patience et parfois de l’abnégation. L'envie ne suffit pas, il faut se donner les moyens et ne pas s'arrêter en route.

 

Revenons à la question : comment devient-on original? Comment certains paraissent l’être plus que d’autres ? Faut-il seulement vouloir l’être ?

 

On ne devient que ce qu’on est, ce qu’on porte. On ne peut pas tricher avec soi-même. Si on singe l’originalité on n’en devient pas pour autant original. Si ce n’est pas motivé de l’intérieur, on ne perçoit à l’extérieur qu’une caricature, une posture.

C’est donc comme de polir longuement une pierre brute, jusqu’à ce qu’elle révèle son éclat.

Certains y parviennent à la fin d’un long parcours, d’une carrière, comme un couronnement (Chez Pratt par exemple avec des débuts très classiques, ou les débuts un peu empruntés ou sous influence, ce que Cézanne appelait sa période « couillarde ». On voit ça chez Tapiès, Pollock et tant d’autres à leurs débuts). D’autres la portent assez tôt comme Basquiat, Schiele ou Rimbaud.

 

Si on y regarde de plus près, qu’est-ce qui est en jeu dans l’originalité ? C’est la question de l’identité et de l’altérité (le jeu de soi, du même et de l’autre). Qui sommes-nous, qui voulons nous être? Quel dessein avons-nous ? Car dessein et dessein sont interdépendants. Au cinéma, en photographie, littérature c’est idem : qui parle ? à qui ? pourquoi ? sur quel ton ? C’est bien beau de dessiner mais pour en faire quoi ? Pour qui ? Qui est-on ? Ce sont des questions à se poser avant d’aller plus loin.

 

Identité et altérité (être autre, ne pas être le même). Au premier abord, l’originalité semble découler de l’altérité. Mais on est différent ou original que ‘par rapport à’. On perçoit cela en fonction de normes, de conventions, d’habitudes, de façons de faire et de penser. L’originalité est à chercher au cœur de soi-même. A priori on est tous originaux, mais l’éducation, la société, formatent et recouvrent nos identités. Autrement dit, plus on sait qui on est, plus on oublie ce qu’on attend de nous, plus on a de chance d’être original.

Le subjectif débouche sur de l’universel. Il n’y a pas de réalité sans qui regarde cette réalité. C'est ce qui qui nous intéresse. Il n’y a pas plus subversif et créatif qu’être soi-même. Ce qui demande pas mal de travail. Et si on ne va pas le chercher, cela ne nous est pas donné. Ce qui explique peut-être les différences dans l’originalité : le degré d’exigence de chacun (attention, ne pas confondre ambition et exigence).

Et tout le monde ne cherche pas forcément à être original mais à savoir faire et à "fonctionner" dans un système donné (professionnel par exemple). Et il n’y a pas là de jugement de valeur, c’est une question de choix. Il y a aussi des compromis, l’envie de séduire, la volonté de normalité (ou la peur de l’altérité), l'originalité pour l'originalité...

 

Devenir soi. Le paradoxe est que pour cela il faut en passer par les autres. Par la copie, le mimétisme, le travail sous influence. C’est indispensable, on ne se fait pas tout seul. Avant d’être original, il faut se frotter aux aînés. Ensuite on accède peu à peu à soi-même.

On pourrait prendre l’image de quelqu’un cherchant un trésor ou de l’eau : plus il creusera profond, plus il aura la possibilité d’atteindre son but. Celui qui ne creuse qu’en surface ou qui se contente de trouver un peu de terre humide, ou un fragment du trésor peut s’arrêter là, s’en tenir à ça. La surface ce sont les poncifs, les clichés, stéréotypes, la pensée commune (donc celle de personne).

Il ne faut pas se satisfaire trop vite et chercher sans cesse, jusqu’au bout si nécessaire. C’est de la patience, cette qualité qu’on n’a pas toujours dans sa jeunesse mais qui fait qu’on vieillit mieux. « Je vous dois la vérité en peinture » disait le vieux Cézanne. Il faut dire sa vérité, tout simplement.

 

L’autre aspect qui conditionne une possible originalité c’est la liberté. Liberté de ne pas faire de séparation entre les choses (entre le beau, le laid, l’intéressant, l’inintéressant… On peut faire feu de tout bois), la liberté vis-à-vis des conventions, la liberté d’expérimenter. L’esprit de recherche. L'ouverture d'esprit. Il faut se rappeler l’enfant qu’on a été, sans à-priori, sans peur, sans gêne, non conditionné. La surprise peut venir d’une question posée de façon inattendue comme savent si bien le faire les gamins. Reconsidérer ce qu’on croit savoir, se frotter à ce qu’on ignore, ne pas cesser d’être en apprentissage. Se surprendre soi-même. Ne rien s’interdire.

 

Il n’y a pas de recettes (du moins applicables de manière générale) pour être original. Et c’est tant mieux. Il faut prendre exemple sur les meilleurs artistes qui sont autant d’athlètes de l’introspection, de la rigueur et de la recherche de leur vérité. Avoir une solide connaissance de l’art, de la vie, ou plus simplement de la curiosité pour avoir quelque chose à dire. Avant de vouloir être original il faut déjà se demander qui l’on est, puis l’être. Quand l'effort pour être original disparaît, l'originalité apparaît. 

 

Je crois aussi que beaucoup ont la flamme à un moment et puis s'éteigne par trop de dispersion, de compromis, de facilités. Notre société est assez castratrice et ne facilite pas les choses. Notre originalité ou notre liberté, ce n'est pas sa priorité. Il faut imposer son regard face à ce qui n'en a pas. 

 

 

 

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 21:39

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Je vais essayer de formuler ce que je ressens et de chercher les mots justes pour dire ce qui dépasse les mots. Pas un jour ne passe sans que je pense au Japon et aux Japonais. Il se trouve que je dois beaucoup à ce pays dans ma formation intellectuelle, esthétique et même philosophique. J'ai longtemps pratiqué les arts martiaux, et je tiens de mon père cet amour du Japon traditionnel, lui qui a pratiqué l'acupuncture, le Shiatsu. La pensée Zen est une des plus hautes formes spirituelles et la pureté formelle des arts qu'elle a suscité est une référence à mes yeux.

Plus que l'évènement lui-même, je crois que c'est la réaction face à cette réalité qui me sidère. Fukushima, plus encore que le 11 septembre marque un choc dans l'histoire moderne. J'ai presque envie de dire  un point de non retour, le terme de quelque chose. Quel est ce "quelque chose"? C'est ce que j'aimerais pouvoir dire.

Ce qui se passe là-bas nous concerne tous, en tant qu'être humain. Un système qui produit lui-même sa fin, des états qui ne protègent plus ses enfants et qui garde le cap : tout ça est une abberration  sans fond. Ce qui se passe là-bas et l'absence de réaction ici prouve la ruine de la pensée, la ruine de l'humanité, la ruine de la raison et de l'intelligence. Nous sortons des schémas "normaux" de la logique humaine pour rentrer dans celle de la pathologie voire de la psychopathie. Comme un récidiviste qui reproduirait les mêmes gestes morbides, les gouvernements restent en majorité vissé à cet outil de pouvoir qu'est le nucléaire. Quel genre de pouvoir est-ce là qui nous rend aussi vulnérable qu'une forêt de pin en été attendant son allumette? La gestion de la crise, par les Japonais mais aussi par les soi-disants puissants qui se sont donnés pour mission de se rendre "maître et possesseur" du monde nous plonge dans le grotesque et l'absurde que n'aurait même pas imaginé un Kafka ou un Jarry. Parce qu'au final, la radioactivité n'est pas japonaise, elle est partout chez elle, elle parle toutes les langues, on commence à manger notre part.

Nous sommes aux limites de la modernité, il n'yaura pas de progrès, toujours plus de mensonges. On peut se révolter pour les retraites, n'y a-t-il pas là une revendication bien plus fondamentale : exiger la cessation de cette industrie de mort? A l'argument fallacieux du retour à la bougie brandit par nos politiques je répond oui, je préfère la bougie plutôt que de me tirer une balle dans la tête ou dans celles des autres.

Et maintenant ce qui me scandalise au-delà de tout : le silence, le divertissement (on nous joue du violon comme sur le Titanic). On s'arrange avec la réalité, mais refuser la réalité pour en inventer une autre, tronquée, faussée, embellie, orientée n'est-ce pas là la preuve uitime dans un contexte aussi préoccupant de l'incapacité fondamentale des puissants de nous diriger, des médias de dire la vérité, de l'inteligentsia de dire et de penser ce qui ne va pas. Peut-on faire confiance à des malades? C'est aux citoyens à refuser ces insultes au bon sens. C'est à chacun d'exiger son dû. Nous qui sommes redevables de tant de choses.

Et les artistes et les poètes doivent prendre le parti de la vie, au-delà de leurs ambitions personnelles. Les Dadaïstes, Le Guernica de Picasso, Munch et son cri poussé face à la montée totalitaire, à l'industrialisation de la guerre... Est-ce qu'il n'y a pas bien plus de raisons de "crier" aujourd'hui? La crise n'est pas économique, elle est culturelle, mentale, spirituelle. Et beaucoup se lèvent ici etr là pour refuser l'innacceptable. Il faut en finir avec ce monde et sa logique mortifère.

 

Posons-nous la question : sommes-nous encore vivant? Que reste-t-il d'humain dans l'humanité. La réaction d'un ministre qui refuse la discussion quand ça ne l'arrange pas sur un sujet aussi chaud, c'est juste intolérable.  Je ne suis pas pessimiste. Il y a des problèmes, il y a aussi des solutions. Personne ne les règlera pour nous. Alors réveillons-nous avant la fin du film.

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Je sais qu'on est nombreux à ressentir la même chose sans trop pouvoir cerner le mal. Je suis persuadé que même chez ceux qui ne disent rien et font même mine d'aller bien, ce poids muet les mine de l'intérieur. Plus rien ne sera jamais comme avant Fukushima. Il faut voir ça en face et refuser d'être poussés vers les mêmes logiques et les mêmes geste qu'avant par les mêmes incapables.

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 20:36

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Un petit bout de ce sur quoi je suis en train de travailler.

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 13:45

Goju Ryu / l'école de la force et de la souplesse

 

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Le Goju ryu est un style de Karaté traditionnel originaire d'Okinawa. Il allie la force (Go) et la souplesse (Ju), la dureté et la fluidité. Comme une sorte de synthèse entre la sécheresse du karaté (où on endurcit le corps de façon martiale) et la souplesse de l'Aïkido (où toute tension doit disparaître et où on utilise la force de l'autre pour la lui renvoyer). Dans une perspective Taoïste, on pourrait parler d'une alliance entre le yin et le yang, entre le masculin et le féminin.

On peut trouver le même équilibre dans le dessin. 

D'un côté la dureté du trait, sa précision, son tranchant pour dire les choses de façon directe. De l'autre le flou, l'indéterminé, l'évasif, dans l'encre, l'aquarelle, la tache pour évoquer de façon indirecte et laisser du champ à l'imaginaire. On peut combiner ses deux façons dans un même dessin ou les utiliser alternativement. 

Il est bon d'utiliser toutes les potentialités du dessiner : pas seulement ajouter mais aussi abstraire, pas seulement construire mais aussi détruire, pas seulement l'assurance mais aussi la fragilité. Il y a des moments où il faut être précis et d'autres où il est préférable de rester dans l'imprécision. Du dur au mou et du net au flou. 

Ces gradations sont un moyen d'animer le dessin de façon interne en évitant la répétition systématique du même. Un bon exercice étant (pour être complet) de se faire violence et de se forcer là où on ne va pas d'ordinaire. 

On peut observer des tendances antagonistes de dessin "mou" ou "dur", fort ou souple (utilisation de peu de contraste, d'outil à pointe fine peu appuyé, ou d'outil épais, mal aiguisé et au contraire très contrasté, aiguisé...), il y a aussi ce que j'avais défini comme les "graphiques" ou les "plastiques", ou encore les "réalistes" et les "abstraits". Il faut essayer de se situer là dedans et se forcer à utiliser les techniques que l'on n'aime pas, dans lesquelles on n'est pas à l'aise (le fusain, le pastel gras pour certains - la plume, le feutre fin pour d'autres) pour élargir sa palette. Et s'entrainer à la justesse et la précision quand on a pour habitude d'éluder et d'évoquer les choses. Aller vers le flou et l'informe quand au contraire on ne dessine que dans l'idée de justesse et de ressemblance.

Ces "sorties de route" ne pourront qu'enrichir son dessin, quel que soit la tendance déjà en place. Dessiner c'est se poser des questions de dessins, essayer de régler des contraintes, dépasser ses limites, aller au-delà de la simple apparence et du visible.

En étant dans la modulation, on peut à la fois être fort et fragile, dur et souple, sec ou mou et ne pas se contenter d'une seule émotion.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 17:02

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9 mois déjà...

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 00:04
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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 09:57

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 17:05

 

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Des heures à la table à dessin. La caméra tourne. Je suis en train de faire des taches d'eau, des taches d'encre... Avant-dernière journée de résidence au Carré Amelot de La Rochelle.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 00:00

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