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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:38

Ne pas trop dire

 

Parmi les défauts liés à l'apprentissage du dessin, j'ai remarqué une tendance à ne pas s'avoir s'arrêter à temps. Dans un atelier, chez pas mal de personnes on peut observer un état de spontanéité dans le trait, les gestes, l'implantation des couleurs à un moment donné et 10 minutes plus tard cette fraîcheur a été recouverte, a disparu sous trop de retouches. L'état d'équilibre a été dépassé, le dessinateur n'a pas su s'arrêter à temps.

Il faut de l'attention et de l'habitude pour reconnaître cet instant où le dessin se suffit, a trouvé son point d'orgue. Il faut rater beaucoup, et surtout prendre conscience de cet avant/après pour apprendre à cesser son activité au bon moment. Car on a souvent tendance à croire qu'il n'y en a pas assez, qu'il faut retoucher, ajouter (des détails, des effets, du "travail").

Comme un sculpteur, le dessinateur doit ôter plus peut-être que d'ajouter. Mais là où un sculpteur doit déduire de la matière d'un bloc pré-existant (en sachant s'arrêter aussi avant d'ôter trop), le dessinateur doit ajouter avec mesure au vide du papier (le blanc du papier étant sa matière première). Mais ajouter sans trop ôter au vide. Trouver le point d'équilibre. Car le vide n'est pas un espace à remplir systématiquement et à ne pas saturer de signes. Idem pour le trait et la ligne. Pour être lisibles, chaque intention doit être visible dans le résultat final, autrement il y a des surcharges.

D'où la vertu de l'inachevé, qui implique aussi le spectateur a continué une partie du dessin. Si tout est dit, on limite cette marge de liberté, d'activité, laissée à l'imaginaire du lecteur de l'image. L'hyperréalisme étant plutôt du côté de la justesse photographique (quoique celle-ci puisse aussi choisir de montrer peu, voir le travail du flou chez Bernard Plossu), le dessin n'a pas l'obligation de l'exhaustivité. C'est juste une possibilité.

A mon sens, il y a des moments où la précision est justifiée et d'autres où on peut flirter avec l'abstraction (je pense ici surtout à l'exercice du dessin associé à une trame narrrative et séquencée). Mais on peut dans un même dessin avoir ces deux approches : créer des zônes de précisions et d'imprécisions, d'achevé et d'inachevé, de lisible et d'illisible, de net et de flou. Roland barthes, en abordant la photographie justement, parlait du punctum (point, trou, piqûre). Cette zône, ce détail dans une image qui peut accrocher l'oeil et parfois renversé son sens premier et apparent. Le dessin aussi peut jouer de ce genre de point d'accroche, de focalisation en amenant l'oeil à lire certaines zônes plutôt que d'autres. C'est ce que fait à merveille Egon Schiele dans ces dessins réalisés en prison notamment (voir ci-dessous).

 

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"L'orange était la seule lumière", extrait de la série de dessins réalisés en prison, Egon Schiele.

 

Je conseille donc  à mes étudiants d'aller à l'économie et surtout à reconnaître cet instant du "ça suffit". De ne pas avoir une approche figée et systématique du dessiner, mais une approche fluctuante, plurielle. Car on peut dessiner toute une vie mais celui qui dessine n'est jamais le même, et ce qui nous entoure change. Pourquoi rester dans une posture figée?

Autre aspect, au début on est souvent attiré par la démonstration de force (tendance plutôt masculine du vouloir bien dessiner, avec moults détails et effets). Il faut apprendre à contrôler cet élan. La sobriété et la simplicité sont souvent la meilleure solution. Ce qu'on ajoute de trop, on l'enlève à l'émotion. Et ce qu'on enlève à notre envie de tout dire, on l'ajoute à la place laissée à l'autre et à son imaginaire. On dit plus par ce qu'on ne dit pas (hors-champ) que par ce qu'on veut dire, qu'on croit dire. 

Il suffit souvent de peu de choses pour véhiculer du sens et une émotion. Et c'est la leçon de la tête de taureau de Picasso (réalisée à l'aide d'une simple selle de vélo et d'un guidon).

 

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Tête de taureau, Picasso, 1942.

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 23:50

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 09:07

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 13:26

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 14:39

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:00

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fusain + scotch

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 08:36

 

Maîtrise ou lâcher prise

 

Il y a deux manières d'aborder le dessin, soit comme une chose que l'on souhaite contrôler, soit comme une chose qui nous submerge et parfois nous contrôle. Un peu comme un jardinier peut souhaiter contrôler la nature ou au contraire la laisser pousser le plus librement possible (je pense au travail de Gilles Clément).

Implicitement, cela engage deux postures face aux choses, deux visions du monde. Maîtrise ou lâcher prise? Pour expliciter ces deux voies on peut se baser sur deux conceptions opposées (tant pis si cela a quelque chose d'un peu caricatural mais comporte également une part de vérité). La première plus occidentale et la seconde plus orientale.

D'une part un travail avec le temps, basé sur un projet, où les moyens doivent se plier à une fin pré-établie par son auteur. Peinture, architecture, art classique ou conceptuel, lieux où la pensée est maîtresse, fait des plans, met au carreau, contrôle la matière pour la faire parler, lui faire dire.

D'autre part, un travail de l'instant, de l'absence de projet ou d'idée préconçue du résultat, où la fin justifie tous les moyens, où l'idée de l'auteur s'efface, où l'auteur c'est aussi le dessin lui-même, la qualité de la respiration (là je pense forcément à la calligraphie Japonaise ou à la peinture Chinoise). La pensée étant mise en veille,pour laisser parler la matière, pour écouter ce que peuvent dire aléas, accidents.

Ces deux pôles ne sont pas complètement incompatibles même s'ils sont opposés, et on voit des artistes comme Picasso, qui partant de l'un se dirige vers l'autre. Ou d'autres qui glissent l'accident dans un ensemble maîtrisé (chez Toppi ou Breccia par exemple).

On peut donc avoir un projet global mais pas d'image pré-établie du résultat. Faire des choix dans ce qui arrive sur le papier, comme un mage interpréterait dans des viscères. Donner sa chance à l'imprévu, ce qui n'est pas possible dans une approche maîtrisée et contrôlée. Projet et accident, contrôle et lâcher prise peuvent aussi être complémentaire. L'accident qui sert le projet n'est plus un accident.

Le moment de grâce est celui où tout concoure à servir une intention, jusqu'à la dépasser, l'ouvrir et la renforcer. Ce qui peut être un frein c'est la peur de rater. Les uns, face à cette inquiétude, répondent par la volonté de contrôle (éviter les surprises), les autres par l'acceptation de l'erreur au sein de leur travail (cultiver les surprises). Ecart que l'on retrouve en musique entre partisan de la partition et du solfège et partisan de l'improvisation. 

Ces deux attitudes disent quelque chose de l'âme humaine, comme deux versants d'une même montagne, à chacun de trouver la voie qui lui convient le mieux.

De toutes façons, quels que soient les choix opérés, dans tous les cas se cache derrière chaque dessin le dessinateur lui-même, avec ce qu'il porte de violence, de délicatesse, de cynisme ou d'optimisme. On ne peut échapper à ce qu'on est, le dessin dessine une vision du monde, une pensée au-delà des mots. Et l'image parle d'elle-même, parfois à notre insu. Bref, on ne pourra jamais tout contrôler.

 

NB : On observe ces deux pôles dans la tendance en bande dessinée au dessin brut ou à l'esthétique du croquis, de l'inachevé (Sfar ayant ouvert une voie déjà amorcée auparavant par Reiser). A l'opposé, le travail impressionnant de maîtrise de Chris Ware où rien n'échappe à son contrôle (typographie, logos détournées, mise en page, couleur...), où le moindre détail est pensé.

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 23:38
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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 23:02

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 00:03

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