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Méthodologie pour l’analyse de documents

 

Que ce soit pour une étude de cas, un projet d’arts appliqués ou bien pour l’analyse d’œuvre(s) en histoire de l’art, le processus de questionnement et quasiment le même et peut faire appel aux mêmes méthodes. Il s’agit, à partir d’une chose inconnue ou peu connue, de se former un jugement, un avis, bref de s’approprier cette chose par ce qu’on connaît déjà et en apprenant à poser des (bonnes) questions. L’étymologie du mot analyse signifie d’ailleurs la décomposition. Comme un enfant qui casse un jouet pour mieux en comprendre le fonctionnement interne, il faut décortiquer différents paramètres, point par point. C’est cela qui permet de recomposer finalement une vision plus globale d’une chose en dépassant la première impression, l’apparence pour en saisir l’essence et le sens (sémantique : étude du sens). Il faut aussi être capable de synthèse, c’est-à-dire pouvoir faire le lien entre des éléments différents en les regroupant par grand thèmes ou principes. Pouvoir aller du particulier au général. Comme un enquêteur qui cherche des indices, des pistes à partir de fragments qu’il doit réassembler. Cette méthode de travail est un bon moyen d’éviter de sécher et de ne pas pouvoir dire ou penser, bref bloquer sur un sujet. Bien sûr, quand ce systématisme est intégré, le questionnement peut se faire de façon plus intuitive et spontanée.

 

1- Dénotation et connotation

 

Toute chose qui existe, est appréhendée sur deux plans : celui le plus concret et le plus direct, évident (existence matérielle). Puis celui moins visible mais pourtant tout autant important même s’il est impalpable, le plan des idées (symboles, concepts, codes culturels, mémoire collective, inconscient collectif).

Il y a deux termes qui permettent de bien situer et distinguer ces plans : la dénotation (qui permet de décrire, mesurer, quantifier, représenter…) et qui concerne l’objectif. Et la connotation (qui est tout ce qui entoure les choses, leur signification, leur part symbolique, affective, culturelle…) et qui renvoie au subjectif.

Tout ce qui existe est un mélange d’objectif (matière) et de subjectif (idée). Dans l’analyse on part du plus visible et évident (le dénoté) pour accéder au moins visible, au sens caché (le connoté).

Donc dans l’analyse, on commencera de préférence par aborder les éléments concrets (dimensions, techniques, échelle, date, couleur, poids, matériau, contexte…) pour ensuite en déduire des éléments abstraits (sens, interprétation, symbolique, parti pris, concept…).

Mais il ne faut pas séparer les deux plans de façon trop caricaturale : il y a du sens dans les aspects les plus concrets, dans le choix des techniques, de la dimension, du contexte (intérieur ou extérieur, public ou privé…), et il y a aussi des conséquences et des enjeux matériels dans telle ou telle conception ou idéologie, c'est-à-dire des pensées (le nazisme par exemple qui pense la mort en terme de rentabilité industrielle ou le consumérisme qui est une idéologie directement reliée au quantitatif et à l’incitation au désir). Rien n’est le fruit du hasard. Même un objet ou une action fait de façon aléatoire signifie quelque chose.

On a tous une première réaction face à une nouvelle perception : j’aime, je n’aime pas. C’est beau, c’est laid. C’est agréable, c’est agressif. Je connais, je ne connais pas. L’analyse sert à se demander pourquoi et à argumenter une opinion, une vision du monde.

 

2- Domaines à questionner : technique, esthétique, sémantique (ou symbolique)

 

Ces 3 domaines pourraient être résumés par 3 questions :

 

comment c’est fait ? (matériaux, technique, dimension…). Dans l’analyse technique on peut aussi se demander pour qui c’est fait ? Qui est l’utilisateur, le destinataire ? Comment on s’en sert (ergonomie, attitude face à l’objet) ? Comment on perçoit (contexte, échelle, cadrage, point de vue...) ? Quel est le degré de technicité (simple ou complexe) ? En quoi c’est fait ? C’est tout ce qui est plus ou moins donné par le document mais qui doit déboucher sur des questions, des déductions (sinon on reste dans le superficiel et le descriptif).

 

A quoi ça ressemble ? (forme, couleur, texture…). Dans le domaine plastique, esthétique, les choix ne sont pas sans signification et débouche très vite sur un effet produit, un sens (ordre, désordre, opacité ou transparence…). C’est aussi là où on voit des analogies formelles (ça fait penser à). Pour mieux définir, comprendre ce qu’on ne connaît pas on le compare à ce qu’on connaît déjà est qui est similaire (ex : « soucoupe volante » pour dire ovni). On ne peut partir que de ce qu’on connaît.

 

 

Qu’est-ce que ça signifie ? (symbolique, codes culturels, comportements, sens des choix et parti pris…). Quel rapport à l’objet, à l’œuvre instaure son auteur ? Quel rapport au spectateur ? Pourquoi ? Cette partie finale débouche sur des hypothèses pour conclure. Après le comment on se demande le pourquoi. C’est  à ce moment de l’analyse où on arrive à résumer un document ou un groupe de document par un mot-clé, un thème un principe (ou un antagonisme du type montré/caché, opaque/transparent, naturel/artificiel).

 

La pertinence et les choix à faire sur les zones à traiter et celles à délaisser sont une histoire de logique et de bon sens. Il ne faut pas se noyer dans des particularités, il ne faut pas non plus aller directement au général c’est-à-dire à la conclusion. Il faut trouver un juste milieu entre indices relevées, argumentations et déductions. Il faut rendre sa réflexion communicante et fluide (en terme de lecture). Le garde-fou pour savoir si on ne s’éloigne pas trop dans des détails peu pertinents est de suivre le fil conducteur du sujet (qui donne souvent une problématique, un thème, bref une question). Est-ce que ce que je traite est lié ou pas au sujet. La bonne analyse est celle qui répond à la question traitée, même si c’est en reformulant d’autres questions.

 

3-L’ouverture

 

Quand l’analyse est terminée, qu’on s’est questionné sur les aspects techniques, esthétiques et symboliques, on est alors en mesure de proposer une synthèse qui rappelle les notions importantes en jeu dans les documents. Il ne faut pas redire ce qui a été déjà dit mais formuler une interprétation plus générale. On parle de conclusion (conclure : fermer, terminer) mais il s’agit plus d’ouvrir la réflexion qui a été menée et son thème vers d’autres domaines. Cela montre qu’on est capable de relier des éléments divers par leur similitude. On met en jeu toutes ses connaissances (culture générale, média, pub, télé, internet, informations…) pour dépasser le seul domaine étudié. (ex : Si on a étudié et analysé la transparence dans le vêtement et l’image on doit pouvoir évoquer la transparence dans l’architecture avec le verre et pourquoi pas dans la politique). Bref, on élargit le débat, même s’il faut savoir ne pas trop extrapoler : il faut se donner un fil conducteur. Si j’aborde la transparence sur le thème du caché, du tabou, ça me permet de faire des liens entre le vêtement qui montre et qui cache et un bâtiment. Je peux alors faire des analogies sur la séduction ou sur l’idée de n’avoir rien à cacher. Par opposition, on pourrait se dire que ce qui n’est pas transparent crée un mystère, cache un secret. On parlait de glasnost (transparence) dans les pays communistes parce que le gouvernement cherchait un contrôle absolu sur ce qui se passait. Sans aller aussi loin on peut évoquer la légèreté, l’immatérialité comme un désir d’échapper au poids de la matière (siège de Kuramata « how high the moon »).

 

 

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