Mardi 11 novembre 2014 2 11 /11 /Nov /2014 14:09

L'école du regard

 

On est trop focalisé sur comment apprendre à dessiner alors qu'il faudrait d'abord apprendre à regarder. Les deux peuvent se faire de façon concomittante, l'un poussant sans doute à l'autre. Mais ce que je veux dire c'est que le regard est premier puisqu'il détermine tout le reste. A quoi bon passer des années dans un atelier, un cours si ce n'est que pour accumuler recettes et techniques? Il y a une impatience de l'étudiant à vouloir maîtriser des techniques mais c'est peut être aussi un défaut de l'enseignement lui-même que de mettre en avant l'effet plutôt que la cause. Le dessin avant le regard. Après tout on parle toujours de cours de dessin ou d'école d'art et jamais de cours de regard ou d'école du regard.

 

Il convient peut être aussi de distinguer le regard de l'observation. On peut être très fort en dessin d'observation (justesse et réalisme) sans pour autant être capable de dévelloper un regard (une vision qui dépasse la simple somme des parties observées et forme un bloc, une identité, le coeur d'une oeuvre). Les deux engagent l'oeil mais il y a peut être deux niveaux de vision : une capacité optique et une capacité intellectuelle. L'oeil et l'oeil de l'esprit ou encore voir et concevoir. Le très usité "voyez-vous" dans le langage renvoie d'ailleurs à ce que qu'on a comprit plus qu'à ce qu'on a perçu.

 

Saisir, il faut saisir plus que recevoir. Concevoir plus que percevoir. Digérer plus que consommer. On pourrait dire pour simplifier qu'il y a deux sortes de regardeur : le passif et l'actif. Comme nous sommes dans une société du spectacle et de la consommation on voit assez bien ce que veut dire être passif. Le regard, bien sûr, c'est être actif. Autrement dit si on veut résister à l'environnement et reprendre possession de soi-même il faut entraîner son regard. Sans quoi il n'y a pas grand mérite à avoir deux trous dans la boîte cranienne et percevoir les ombres qui s'y projettent. Il faut ouvrir un troisième oeil qui est celui de l'esprit, du témoin qui se voit voir et qui débouche sur notre véritable identité. Les choses ne nous regardent pas et ne nous parlent pas mais il suffit qu'on les regarde pour qu'elles se mettent à parler et nous livrent leur secret.

 

Pourquoi le regard est-il premier? Parce qu'il renvoie à qui regarde, c'est une question d'identité. C'est qui regarde qui importe. Sans quoi nous sommes mis au niveau d'une caméra de vidéo surveillance. Et c'est ce niveau de regard, plus ou moins profond, révélateur, décapant qui détermine la puissance d'un résultat, d'une oeuvre. C'est non pas la quantité, mais la qualité. A quoi nous servirait d'avoir milles yeux comme ces murs d'écrans? Ces milliards de webcams donnant sur rien. Pour voir quoi? Voir tout? Voir tout c'est ne rien voir. Quand un seul oeil, mi-clos, voire même fermé peux toucher là où ça fait mal, là où ça fait sens.

 

Si on a le regard, on a tout le reste. Qui peut le plus peut le moins. On finit par trouver les moyens pour le traduire, le transposer, le transmettre. Pourquoi a-t-on besoin d'art? Parce que sans regards nous sommes aveugles, sans témoins nous n'existont pas. La réalité contemporaine aimerait faire de nous des sortes de morts-vivants obnubilés par quelques fonctions précaires. Il suffit de se mettre en retrait  et de regarder ce cirque, il suffit de se voir faire pour se détacher de ce bruit ambient. Bien sûr c'est dur, on nous laisse de moins en moins de temps pour la contemplation. Mais ce n'est pas impossible. Et c'est la condition pour s'emparer du regard, qui n'est pas donné mais qui se prend, se gagne de haute lutte. 

Regarder c'est apprendre la patience. Travailler avec le temps.

 

Le bon regardeur peut même se passer d'oeuvre et ça fait déjà une belle personne, un être vivant. Un bon regardeur n'a même pas besoin de faire détudes ou d'avoir de la culture. Le regard se cultive de lui-même, casse les codes, les conventions, les murs. On peut avoir une éducation raffinée et ne rien y voir, ne pas savoir regarder. Le désoeuvre actuel vient justement du fait que nous sommes guidés par des gens hyper-capables mais sans regards. Des regardants leurs pieds, regardants les chiffres, regardant leurs profits, regardant leurs nombrils.

 

Alors que le regard est par définition ce qui ouvre, ce qui déchire le voile, ce qui nous porte vers les autres, vers le monde et vers soi. Vous êtes vous déjà fait cette remarque face à une oeuvre qui vous ébranle : il a vu ce que j'ai vu sans que je puisse lui donner forme ou ce qu'il a dit j'aurai pu le dire, on dirait qu'il ne s'adresse qu'à moi, etc.

Bref, le regard vif éveille la vie d'autres regards, comme une contamination. C'est le regardeur qui fait le tableau disait Marcel, c'est aussi le regard des uns qui mettent le feu aux regards des autres. A condition de se mettre à l'affut, en action. Ne pas rester passif. Regarder c'est être vivant, se contenter de voir c'est laisser tomber. Se laisser tomber. S'en remettre au flux et reflux de la perception. Genre de posture hypertrophiée par le message publicitaire qui n'est autre qu'un viol de soi, une vision unilatérale imposée à coup de marteau et qui finit par se retrouver dans le langage politique. Cette violence-là, il faut la déporter sur le réel avec un oeil scrutateur. Il faut disséquer le monde pour ne pas en rester au stade des effets mais remonter jusqu'aux causes. Le monde n'est laid que de notre propre laideur et ne sera beau que de notre beauté. Regarder = résister.

 

 

 

 

"Je leur dirais de conserver une grande curiosité de toute chose. Avoir envie d'apprendre et de savoir. D'apprendre à regarder. Ce n'est pas si simple. 


Je leur dirais également de ne jamais se résigner face au monde qui les entoure. Participer à la vie de groupe pour tenter de l'orienter vers un avenir moins dramatique et moins sanglant est plus jamais que nécessaire. Il ne faut pas se résoudre à l'existence des horreurs. Il ne faut pas dire : "Ce sera toujours comme cela." Non, cela peut changer. "

Théodore Monod

 

Par Thibault Balahy - Publié dans : dessin
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Vendredi 7 novembre 2014 5 07 /11 /Nov /2014 17:51

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Voici une nouvelle pochette et quelques illustrations présentes dans le livret pour l'album "Au peuple" du groupe L'herbe folle.

Inspiration 19ème autour de chansons reprenant des textes de Baudelaire, Hugo, mis en musique.

 

 

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Par Thibault Balahy - Publié dans : projets
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Vendredi 26 septembre 2014 5 26 /09 /Sep /2014 23:54



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Nous sommes, avec Loic Dauvillier, invités aux cafés littéraires de Montélimar. Ce sera du 4 au 5 octobre. Nous parlerons principalement de Falaises.  Le programme est visible ici. 

 

 


Par Thibault Balahy - Publié dans : bande dessinée
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Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 13:49

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Voici le dessin réalisé pour le dernier recueil de la saison 1 : Stéphane, Mathilde et Irène. C'est en quatrième de couverture (au dos) avec quelques modifications... Encre de chine et encre.

 

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Par Thibault Balahy - Publié dans : bande dessinée
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Lundi 8 septembre 2014 1 08 /09 /Sep /2014 17:39

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Carnet Moleskine Japonais, dépliant de 2m70 de longueur, Normandie, été 2014. CLIQUER sur les images pour les voir dans un plus grand format. Un aperçu du carnet en panoramique ici :

http://thibaultbalahy.tumblr.com/post/96892905775/la-route-des-falaises-carnet-de-voyage-en

 

 

Par Thibault Balahy - Publié dans : carnets
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Samedi 6 septembre 2014 6 06 /09 /Sep /2014 17:40

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Très fier d'avoir pu travailler sur la couverture de Price, qui voyage de gares en gares. Le papier est très agréable au toucher, l'impression très belle (Comme toujours chez Monsieur Toussaint Louverture). Pour ne rien gacher c'est un très beau texte, je ne l'ai pas encore terminé mais je peux dores et déjà vous le conseiller. Souhaitons-lui bonne vie.

 

"Je mettrais ma main au feu,

Oui je mettrais ma main au feu

Que tout homme est une île..."

 

 

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Par Thibault Balahy - Publié dans : livres et expos
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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 23:01

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image extraite du site des éditions Stock, graphisme : Matt Jamont.

 

 

C'est bizarre de se dire qu'on a peut être lancé une tendance. Quand j'ai vu les couvertures de roman chez Stock ça m'a forcément rappelé la couverture que j'avais faite pour le dernier stade de la soif de Frederick Exley en 2011 ou d'autres portraits réalisés à l'aide d'un tampon encreur. Ici on a plutôt un travail infographique de graphiste : montage de mots composant un portrait photo-réaliste. Ce n'est pas vraiment une copie, même si l'idée est similaire : un visage fait de lettres. Je n'ai de toutes façons rien inventé, il y a des artistes qui utilisent aussi le tampon de façon détournée, avec des lettres ou des chiffres. Et tant mieux si la couverture d'Exley a pu frapper les esprits. Mais si un éditeur veut me faire bosser au tampon je suis preneur aussi.

 

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Le dernier stade de la soif, Frederick Exley, éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Par Thibault Balahy
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Vendredi 4 juillet 2014 5 04 /07 /Juil /2014 16:56

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Par Thibault Balahy - Publié dans : dessin
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Jeudi 3 juillet 2014 4 03 /07 /Juil /2014 14:27

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(états préliminaires à l'affiche Ronnie Rockett.)

 

 

Ce que veux dire chercher

 

 

J'ai déjà évoqué le paradoxe entre vision et cécité dans le dessin, que ce qu'on pense être le lieu même du visible est tout autant lié à l'invisible ou plutôt à l'invu, à l'état d'un aveugle qui tatônne.

On croit voir, on voit mal (mal vu mal dit dirait Beckett). On croit trouver, on ne fait que chercher (malgré le "je ne cherche pas je trouve de Picasso). Je vais donc approfondir un peu cette notion d'investigation, de quête dans l'exercice même du dessin.

 

On peut chercher pour deux raisons au moins : pour soi et pour les autres.

 

Pour soi. Que cherche l'auteur d'un trait qui dépose anxieusement et inlassablement des traces sur la feuille (quand le photographe attend fièvreusement que son image soit fixée sur papier pour ne pas retomber dans les limbes de l'image fantôme qui n' a pas été, n'est pas encore ou qui n'est plus)?

Pour poser des jalons, des bornes dans un territoire qu'il lui faudra du temps à parcourir (lui-même). Comme si sa vie entière n'était qu'une immense page blanche à remplir.

Pour s'exercer toujours mieux à réduire l'écart entre la transposition graphique et l'image mentale qui en est l'origine (latente et fantomatique au même titre que la photo fantasmée mais pas encore prise, ou qu'au négatif détruit). Entre ces deux points il y a toujours la matière, le geste, la fatigue, la maladresse, l'adresse puis l'épuisement. Les deux sont comme deux faces d'une même médaille, à la fois proche et lointaine. Ne coïncidant jamais parfaitement. On passe sa vie à tenter de joindre les deux bouts.

Pour chercher à améliorer, polir, retoucher. Cela peut se faire sur une même base, par couches successives mais aussi par l'addition de productions. A la fin on un tas (comme un chercheur d'or qui fouille la terre), on garde une part, on rejette l'autre. Ne pas se contenter de la première idée / trace venue. Reproduire un même effort, dans une même direction (mais en changeant l'outil, le support, la technique, la rapidité, l'échelle...). Bref, dessiner : tourner autour du pot.

Si on analyse le vocabulaire plastique on trouve le mot "pistes", "recherches". Comme des sentiers, des routes qu'on ouvre, sytématiquement, méthodiquement ou intuitivement. Voilà le dessinateur-éclaireur qui explore un terrain inconnu. Au début c'est blanc, il n' y a rien, il faut se plonger pour voir ce qu'on peut trouver. Certains ont des cartes, des habitudes et savent un peu plus où ils vont. D'autres plus aventureux taillent la friche au hasard ou à l'instinct. N'empêche que tant que ce n'est pas dessiné, ça n'existe pas. Donc tous cherchent, quelque soit la posture.

On peut ainsi chercher en ajoutant ou en retranchant. Ou en ajoutant et en retranchant. L'encre déposée sur le papier est une trace positive, ajoutée pour remplir un vide, occuper une place. Le trait de crayon cherche le bon placement sur ce champ de neige aveuglante qu'est la feuille. Et l'éclaireur fait confiance à une sorte de boussole interne qui lui dit à quel endroit du vide il se trouve et où il doit aller pour aboutir au but qu'il s'était donné. Comparable au modeleur qui rajoute mottes d'argile sur mottes d'argiles pour approcher de la forme. Et si on ajoute trop de matière, de trait, de surfaces, on détruit et perd la forme.

 

Pour retrancher on comparera plus au sculpteur qui partant d'un bloc de pierre ou un tronc d'arbre, évide, creuse, enlève pour approcher au coeur de son idée première. La gomme (ou la rustine) fait retourner au néant ce qui ne convient pas au "chercheur". On pose d'abord un ensemble, puis on en retire des parties, comme le fait la chirurgie par ablation. Corrections finales qui viennent épouser plus étroitement l'image mentale du projet initial comparée à sa projection matérielle. Si on dessine sur carte à gratter on enlève la matière, on retranche jusqu'au point d'équilibre (si on retire trop l'image est détruite). Même remarque pour le graveur (c'est flagrant en linogravure ou lithogravure).

Dans le même temps, le dessinateur cherche aussi sa propre sensation du "ni trop, ni trop peu". C'est une chose subtile qui arrive avec l'expérience et avec l'acceptation préallable de devoir beaucoup rater. Il cherche le point d'équilibre du dessin, ce moment où il faut savoir s'arrêter.

 

Parallèlement à tout cela, le dessinateur cherche aussi l'image, comme une apparition dans le désert. Sachant qu'elle peut venir, ne pas venir, ou venir de façon imparfaite. Dessiner c'est tendre vers.  Viser n'est pas toucher. On touche parfois ce qu'on n'a pas visé et qui se révèle être préférable à son intention première. On tire parfois aussi au hasard. Le dessin n'est prédeterminé qu'à partir du moment où l'on ne cherche plus, ou qu'on ne souhaite que trouver. mais pour le chercheur sincère, la quête est sans fin.

La quête propre au dessin (mais tout autant à l'écriture ou à la musique) c'est encore la recherche du motif et de la variation. La déclinaison autour d'un même thème et qui abouti à un ensemble appelé série qui est cohérente, relié par un air de famille, un fil conducteur. Cela devient littéralement un jeu et c'est une grande part du plaisir issu du dessin et qui tourne en rond, se nourrissant de lui-même tel Ouroboros le serpent mythique.

Chercher c'est aussi, dans sa production, savoir valider et invalider. Retenir ceci et rejeter cela. Apprendre à prendre et à laisser comme le pêcheur qui relache ses petites touches (les laissant ainsi éventuellement grandir pour un meilleur emploi). Chercher c'est savoir aussi quand arrêter de chercher. (1)

 

 

Pour les autres. Dans le cas d'une commande, ajoutés à toutes les données déjà abordées (inhérentes au fonctionnement même du dessinateur) vient la volonté d'un alter ego qui à son tour peut déplacer les horizons, changer les pistes, imposer des outils, des techniques, des supports...), demander des corrections. Il faut alors chercher avec l'autre. Deviner où il veut en venir, où il souhaite aller. C'est la partie humaine, extérieure, sociale de cette pratique qui est un champ en soi.

Soit il y a dialogue, soit il y a un rapport de dominant / dominé. Soit la demande est une question, soit affirmation. Requête ou ordre.

Dans le cas d'un échange harmonieux ou de confiance (la personne connait l'auteur et sait ce qu'elle va avoir ou lui laisse carte blanche). On peut avoir une co-création : c'est le résultat d'échanges, d'allers-retours qui finissent par produire un résultat englobant les deux personnes. On peut aussi envisager dans ce cadre-là une sorte de maïeutique ou l'auteur accouche du désir plus ou moins formulé du commanditaire (là encore mal vu-mal dit, le langage est parfois un frein quand on doit passer du verbe à l'image). Ou encore un dessinateur qui serait médium ou un voyant. C'est à dire qu'il va se mettre "à la place de" pour pallier le fait que son commanditaire ne sait pas ou ne peut pas produire lui-même ce qu'il cherche. Dessinateur-intercesseur qui devient moyen pour une fin. C'est bien là ce qui rend la tache compliquée car variable (comme tout facteur humain) la demande pouvant être confuse d'une part, ou l'attente pas complètement respectée de l'autre. Bref on cherche avec. Ce qui donne lieu parfois à une phase de tatônnement pour que l'un et l'autre se cale. Comprenne sa logique, sa façon de produire. Il faut donc chercher pour l'autre mais sans jamais s'oublier soi. Et les projets sont souvent intéressants à mener car on ne sait pas où ils vont nous mener et de ce fait ont beaucoup de choses à nous apprendre. C'est qu'on n'irait pas forcément dans certaines directions de soi-même. C'est souvent la rencontre de deux mondes (dessin-musique/ dessin-édition, dessin-cinéma, etc). Ici on peut aussi évoquer le travail du couple dessinateur-scénariste.

 

 

Dans l'autre cas c'est la tyrannie. On obéit à une injonction, le cahier des charges est très limité. Ou bien le rapport humain voire le respect, en tous cas l'échange sont déficients. Pas de réactions, de retours. Pour le coup, le dessinateur se retrouve seul et va devoir chercher, errer sans trop savoir où il en est. C'est parfois aussi la marque d'une confiance ou du désir d'être étonné qui laisse chacun dans sa solitude et son silence et qui mène parfois à de très belles choses.

Pour le chercheur-dessinateur face à l'injonction limitée et peu porteuse de créativité il y a deux solutions.

Dépasser la demande (la déplacer ou l'augmenter, l'étendre tout en incluant la demande initiale - qui peut le plus, peut le moins-au risque de finir hors sujet ou de ne plus respecter l'attente de départ) ou encore arriver à faire comme si la demande venait de soi, la passer au filtre de son vécu sensible (pas toujours possible).

Sinon savoir refuser. On construit autant son territoire par les chemins empruntés que par les voies volontairement laissées de côtés. Il faut savoir dire non. On ne cherche pas pour trouver à tout coup. Et il faut accepter que ce qu'on trouve ne soit pas toujours intéressant.

 

On cherche parce que littéralement on ne sait pas où on va, on ne sait pas où on en est, ou qu'on n'a pas atteint le but escompté. Sinon pourquoi passer sa vie à faire semblant. Chercher est à la fois la vexation terrible et en même temps l'accomplissement du dessinateur. Dessiner c'est chercher. La conséquence de la recherche, les fruits de la quête, ce sont les dessins eux-mêmes. Un dessin isolé ne valant pas plus qu'un pas dans le rythme de la marche et dans la joie de l'exploration.

On cherche parce que la réalité n'est pas donnée, que le monde est comme voilé et qu'il faut du temps pour tenter de le dé-couvrir. Et que l'auteur du dessin, pour commencer, est aussi une réalité voilée à elle-même qu'il faudra explorer. Dans un premier temps le dessinateur cherche son propre langage (l'apprentissage). Ensuite il commence à chercher à l'aide de celui-ci (la maturité). Et on ne sait pas toujours précisément quand on passe d'un stade à l'autre, il faut du recul. Comme en montagne où il faut avoir terminer son ascencion pour avoir une vue d'ensemble et remettre les choses dans leurs proportions et justes perspectives.

 

La jeunesse est souvent pressée et veux trouver bien avant de chercher. L'important n'est pas de trouver mais de se questionner sur la valeur de ce que l'on a trouvé et du comment on l'a trouvé. Chaque détail compte.

Savoir chercher, quelque soit son âge, son avancement dans sa pratique, c'est le signe d'une curiosité d'enfant et d'un dessin vivant. Celui qui ne veut pas mourir cherche, reste toujours en mouvement, se questionne.

Le chercheur ne prend rien comme argent comptant, que ce soit une affirmation du dehors ou du dedans, il veut d'abord l'expérimenter.

 

"Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu'à ce qu'il trouve" Evangile selon Thomas

 

(1) « La clé de tout art, pour moi, réside dans celui de s’arrêter. Un peintre peut repeindre par dessus son tableau jusqu’à la fin de ses jours s’il ne maîtrise pas cela. » Jack White

Par Thibault Balahy - Publié dans : dessin
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Mercredi 25 juin 2014 3 25 /06 /Juin /2014 19:04

Il y a peu, j'ai été invité à faire une carte blanche au musée de la bande dessinée. J'avais pu y parler de quelques planches choisies dans les collections ainsi que de mon travail sur Falaises. Un entretien radiophonique avait également été enregistré. Voici le lien pour ceux qui voudront l'écouter. Merci à la Cité, à Jean-Pierre Mercier, Eric Potel, Sébastien Bollut, Gilles Colas pour leur accueil.

 

http://www.citebd.org/spip.php?article620

Par Thibault Balahy - Publié dans : bande dessinée
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